Non, ce n'est pas un chat...
Nov 26, 2014

Eike Batista, le milliardaire ruiné

Rédigé par Malou Brévault
dans la catégorie Blog, Stratégie de Croissance

En 2011, Eike Batista était la 8e fortune mondiale. Bloomberg le classait parmi les 50 plus influents financiers de la planète. Très (trop ?) sûr de lui, il comptait bien être l’homme le plus riche du monde en 2015.

Il faut dire qu’à l’époque, Eike Batista était à la tête d’une fortune estimée à près de de 30 milliards de dollars. De quoi dormir sereinement le reste de ses jours. Et pourtant, aujourd’hui le milliardaire est ruiné et se retrouve même face la justice brésilienne.

Pour comprendre comment il en est arrivé là, il faut remonter le temps. Né en 1956, Eike Batista est le fils d’un homme d’affaires brésilien et ancien ministre des Mines et de l’Energie du Brésil. Batista passe son enfance au Brésil, puis son adolescence entre Genève, Bruxelles et Düsseldorf. Il étudie ensuite à l’Université technique de Rhénanie-Westphalie à Aix-la-Chapelle. La légende veut qu’il ait à l’époque gagné sa vie en vendant des assurances en faisant du porte-à-porte. Quoi qu’il en soit, il reviendra de son séjour européen en parlant cinq langues.

A 23 ans, rentré au Brésil, il fonde sa première compagnie Autram Aurem spécialisée dans le négoce de l’or. Un an et demi plus tard, Autram Aurem réalisait déjà un chiffre d’affaires de 6 millions de dollars.

Eike Batista est un homme adroit : il a su parfaitement optimiser son carnet d’adresses pour lever les fonds dont il avait besoin. Entrepreneur de premier plan, il fut le premier, en 1983, à mettre en place une mine d’or alluviale mécanisée en Amazonie. C’est cette innovation nommée “Novo Planeta” qui sera le socle de ce qui deviendra le Groupe EBX, exploitant progressivement des mines d’or et d’argent au Brésil, au Chili, et au Canada.

Il faut reconnaître que Eike Batista a du talent : à l’âge de 29 ans, il était déjà à la tête de TVX Gold, société cotée au Canada. Bâtissant un véritable empire autour de ses exploitations minières, Eike Batista se diversifie à toute vitesse : dans l’extraction de minerai de fer avec MMX, de charbon avec CCX, dans l’énergie (notamment solaire) avec MPX, dans la logistique avec LLX, dans la fourniture de technologies destinées au secteur pétrolier et gazier avec SIX (en partenariat avec IBM), dans l’immobilier et l’exploitation hôtelière avec REX, ou encore dans le divertissement avec IMX (en partenariat avec IMG).

En 2007, il fonde OGX, une compagnie pétrolière qui deviendra très vite l’une des plus importantes du Brésil et qui sera introduite en bourse en 2008. Axant délibérément sa stratégie vers la prospection pétrolière, Eike Batista développe dans la foulée OSX afin de s’assurer de disposer de la logistique nécessaire à la prospection pétrolière et gazière offshore.

EBX

Tout semble alors sourire à Eike Batista. Le Groupe EBX s’appuyant sur ce qu’il croit être sa pépite, à savoir OGX, se met en ordre de bataille pour se lancer pleinement dans l’aventure pétrolière. Mais si le négoce des matières premières est un métier risqué, la prospection pétrolière l’est bien plus encore.

Car OGX a certes effectivement trouvé du pétrole, mais bien moins que ce à quoi la société s’attendait. Et son exploitation prend trop de temps. Très vite, OGX n’est plus en mesure de faire face à son passif. En octobre 2013, la société est contrainte de se déclarer en état de cessation des paiements et de se placer sous la protection de la justice brésilienne.

La chute de celui qui fut un jour l’homme le plus riche du Brésil est historique. Et elle fut d’autant plus remarquée qu’Eike Batista se voyait déjà détrôner le magnat mexicain des télécoms Carlos Slim Helu à la tête du classement Forbes.

Comme si cela ne suffisait pas, Eike Batista fait aujourd’hui l’objet de poursuites judiciaires. Il est accusé de délit d’initié, et encourt à ce titre plusieurs années de prison. Sa situation est d’autant plus complexe, qu’il est un symbole dans un pays de plus en plus instable socialement. L’accusation, à tort ou à raison, cherche clairement à faire de lui un exemple.

Peut-on dire que Eike Batista est un homme fini ? Rien n’est moins sûr. Il n’est pas exclu qu’un pareil tycoon se relève. Il est en revanche peu probable qu’il retrouve un jour sa fortune de 2011.

L’histoire d’Eike Batista est cependant intéressante sur plusieurs points : tout d’abord personne, pas même un milliardaire, n’est à l’abris de tout perdre.

Ensuite, comme Eike Batista le reconnait (et le regrette) lui-même, introduire des sociétés en bourse, même si cela compte de nombreux avantages, est très dangereux. Le marché est sans pitié, sanctionne durement l’erreur, et n’a pas forcément la même vision que le dirigeant d’entreprise.

Enfin, et cela découle du premier point, une prise de risque se doit d’être mesurée. Certes, c’est toujours facile à dire et les exemples d’hommes d’affaires ayant tenté le tout pour le tout et réussi ne manquent pas.

Cependant, l’exemple d’Eike Batista fait réfléchir. Il rappelle d’ailleurs une maxime chère à Jacques-Antoine Granjon, entrepreneur français aujourd’hui plus riche que Eike Batista :

« La roche tarpéienne est proche du Capitole. »

Malou Brévault

Leave a comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.